Une tomate à moitié dévorée sur le pied, un trou net et un merle qui s’envole au moindre bruit : le scénario se répète chaque été dans des milliers de potagers français. Ce n’est pas de la gourmandise. C’est de la soif, et une simple coupelle d’eau posée à quelques mètres suffit souvent à sauver la récolte.
À retenir
- Les merles ne mangent pas les tomates par gloutonnerie, mais pour s’abreuver en période de sécheresse
- Une méthode oubliée des anciens refait surface : une coupelle d’eau change tout
- Le secret réside dans le positionnement et l’entretien quotidien du point d’eau
Un réflexe de survie, pas un festin
Le merle noir, ce fameux Turdus merula au bec orange qui squatte les jardins, n’est pas un charognard de fruits par nature. Les oiseaux destructeurs de potager sont principalement de grosses tailles comme les merles ou les pigeons, et les merles noirs recherchent principalement leurs proies à terre. Vers de terre, limaces, insectes : voilà son menu habituel. Mais en juillet, quand la terre se craquelle et que les points d’eau naturels s’assèchent, l’animal change de stratégie. Il gratte la litière de feuilles à la recherche d’invertébrés, et se nourrit aussi de fruits charnus comme les tomates du jardin, surtout en période de sécheresse.
La tomate coche toutes les cases pour un oiseau assoiffé : elle est gorgée d’eau, facile d’accès, et rouge vif donc repérable de loin. Un jardinier du forum spécialisé Au Jardin résumait la situation avec une formule limpide : “les merles ont soif et trouvent dans les tomates (entre-autres) le liquide qui leur permet de s’abreuver”. Le comportement s’observe surtout au ras du sol, sur les premiers bouquets, ceux que l’oiseau atteint sans avoir besoin de se percher. Un habitué du forum Tomodori l’avait remarqué en creusant le problème : “seul le bouquet du bas est touché, puisque ce sont ces gros lourdauds de merles qui sautent depuis le sol, ne pouvant se poser dans le pied de tomate”.
La coupelle des anciens, une intuition qui tient la route
Nos grands-parents n’avaient pas lu d’étude ornithologique. Ils observaient, tout simplement, et transmettaient ce qui marchait. Poser une soucoupe d’eau au milieu des rangs de tomates fait partie de ces gestes de bon sens qui se sont perpétués de génération en génération, bien avant que quiconque parle de “biodiversité au jardin”. Le principe est d’une logique presque enfantine : si l’oiseau vient chercher du liquide, autant lui en offrir un accès plus simple que celui, collant et sucré, d’une tomate mûre.
Sur les forums de jardinage, des dizaines de témoignages vont dans le même sens depuis des années. Un jardinier confiait avoir résolu son problème d’un été à l’autre : “J’avais eu aussi une attaque en 2003, l’année de la sécheresse, mais pas si importante. Cette année, pas de problème, et pourtant, il fait très sec, mais je mets dans une allée deux récipients avec de l’eau que je change tous les jours pour les oiseaux.” Même constat chez un autre habitué du potager, qui a fait de ce geste une routine quotidienne : “J’ai deux récipients à eau dans l’allée de mon jardin, à disposition pour les oiseaux. Je renouvelle l’eau tous les jours, et je nettoie souvent les récipients.” Il décrit même la scène avec tendresse : “Leur salle à manger, c’est mon compost, et la salle de bains, ce sont les récipients à eau. Ils prennent autant de plaisir à s’y baigner et à y boire que j’en prends à les observer.”
Tous les jardiniers ne rapportent pas un succès total, et c’est important de le préciser. Certains ont posé leurs coupelles sans voir de changement immédiat, notamment quand la sécheresse est extrême ou que la colonie de merles est nombreuse. Mais la tendance qui ressort de ces retours de terrain, cumulés sur près de vingt ans de discussions, penche largement en faveur de la méthode.
Comment installer son point d’eau pour de vrai
Le détail qui change tout, c’est l’emplacement. Une coupelle jetée n’importe où ne sert à rien si le merle ne s’y sent pas en sécurité. Un contributeur du forum Au Jardin le rappelait avec précision : “Il faut mettre de l’eau à leur disposition, dans un endroit où ils seront en sécurité, hors de portée des chats. Penser qu’ils aiment boire mais aussi se baigner.” Un récipient large et peu profond, du type soucoupe de pot de fleurs, convient mieux qu’un verre étroit : l’oiseau doit pouvoir s’y poser et, idéalement, s’y ébrouer.
La position compte aussi par rapport au potager lui-même. Trop près des plants de tomates, l’eau ne fait que ponctuer une balade gourmande. Un peu plus loin, dans une allée ou à l’ombre d’un arbuste, elle devient une destination à part entière. Un site spécialisé en jardinage le formule ainsi : “Commencez par leur installer un point d’eau fraîche, c’est ce qu’ils recherchent. Vous pouvez opter pour un abreuvoir ou une coupelle. L’important est que le récipient choisi reste toujours propre et qu’il soit bien placé, idéalement à distance de votre potager et à l’ombre.” Renouveler l’eau chaque jour n’est pas un détail cosmétique : une eau stagnante attire les moustiques et perd tout son intérêt sanitaire, aussi bien pour les oiseaux que pour le jardinier qui vit à côté.
Reste une question que peu de jardiniers se posent : et si, plutôt que de chasser le merle, on acceptait qu’il prélève sa part ? L’oiseau qui vide une gamelle d’eau chaque matin est souvent le même qui, le reste de l’année, débarrasse le potager de limaces et de chenilles à un rythme qu’aucun traitement ne rivalise. La coupelle n’est peut-être pas qu’une parade anti-dégâts : c’est aussi une façon de garder un allié dans son jardin plutôt que de le transformer en ennemi à coups de filets et d’épouvantails.
Sources : tomodori.com | aujardin.org

