Le vrai savon de Marseille ne contient que quatre ingrédients : en retournant le mien, j’ai compris pourquoi il moussait si mal

Retourner un savon vendu comme “savon de Marseille” dans une grande surface et lire sa liste d’ingrédients. C’est un geste banal. Le résultat, lui, est souvent sidérant : une dizaine de composés, dont certains aux noms qui ressemblent à une formule chimique, des conservateurs, des colorants, parfois même des graisses animales. Pendant ce temps, le vrai savon de Marseille ne contient que des huiles végétales, de la soude, de l’eau et du sel, sans colorants, conservateurs, additifs ni parfums. Quatre ingrédients. Pas un de plus.

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À retenir

  • Pourquoi 9 savons sur 10 vendus comme « Marseille » ne le sont pas vraiment
  • Le secret caché au dos de l’emballage que presque personne ne regarde
  • Ce détail sur la mousse qui révèle tout sur la qualité réelle de votre savon

Un cube vert qui cache beaucoup de faux

90 % des savons de Marseille vendus seraient des imitations. Ce chiffre donne le vertige. Sur dix cubes achetés, neuf ne respectent pas la recette originale. La raison est juridique, et elle est simple : le produit est la cible de nombreuses contrefaçons, cette appellation n’étant pas juridiquement protégée. N’importe quel industriel, n’importe où dans le monde, peut apposer les mots “savon de Marseille” sur ses emballages sans risquer grand-chose. Bien souvent, ces savons sont fabriqués en Pologne, en Tunisie, au Maroc et même en Chine.

La bataille pour obtenir une Indication Géographique Protégée dure depuis des décennies. La Cour de cassation a approuvé le 16 mars 2022 le rejet du cahier des charges déposé à l’INPI par l’Association savon de Marseille France, validant la décision de mai 2018 de l’INPI. La raison du rejet est presque kafkaïenne : une bataille fait rage entre les acteurs du secteur, les uns souhaitant limiter l’appellation à une zone géographique (Bouches-du-Rhône ou PACA), les autres souhaitant la lier au procédé de fabrication du produit. Résultat : le savon de Marseille reste une appellation sans gardien, un nom que chacun s’approprie.

Le marketing a su exploiter ce vide. Des emballages aux couleurs de la Provence, des photos de champs de lavande, parfois même la silhouette du Vieux-Port. Derrière cette image rassurante, le marché regorge de copies industrielles qui s’approprient le nom “savon de Marseille” sans respecter l’esprit d’origine : compositions peu lisibles, additifs inutiles, parfums exotiques, promesses “écolo” floues. Le consommateur croit acheter un basique authentique, il repart avec un savon standard relooké.

Lire l’étiquette : le seul test qui ne ment pas

La composition d’un vrai savon de Marseille tient en quelques mots. Pour qu’un savon soit considéré comme “savon de Marseille”, il doit être composé uniquement de quatre ingrédients essentiels : 72 % minimum d’huile d’origine végétale, soude, eau, et sel marin. Ces huiles peuvent être d’olive, de coco, de palme ou de coprah, depuis le XVIIIe siècle, il est possible d’ajouter de l’huile de coprah (extraite de la noix de coco) et de palme (extraite du fruit du palmier) dans la composition du savon de Marseille. La mention “72 % d’huiles végétales” gravée sur le cube est le premier repère à chercher.

Le premier signal d’alarme sur une étiquette : les versions vendues dans les grandes surfaces en contiennent parfois des dizaines. “Ce n’est qu’une base du savon de Marseille”, comme le résume un spécialiste. Le deuxième signal, moins connu mais tout aussi tranchant : si l’on repère dans la liste des ingrédients la mention “sodium tallowate”, il s’agit de graisse animale. Ce n’est pas un savon de Marseille traditionnel. Quant à la couleur, elle ne ment pas non plus. La teinte d’un vrai savon de Marseille dépend uniquement du type d’huile végétale utilisée : un savon à teinte verte contient une haute proportion d’huile d’olive. Un cube rose, bleu ou blanc nacré avec une odeur de fleurs n’a donc aucune chance d’être authentique.

Un véritable savon de Marseille ne contient pas de parfum. C’est là que beaucoup de consommateurs se font piéger : les savons parfumés à la lavande ou au miel ont beau porter le nom de Marseille, ces produits fabriqués à base de savon de Marseille peuvent certes être parfumés, mais ils ne sont pas des savons de Marseille, juste des produits dérivés.

Quatorze jours pour un cube de 300 grammes

Ce qui distingue le vrai, au-delà des ingrédients, c’est le temps. Quatorze jours sont nécessaires à la fabrication du véritable savon de Marseille. Une industrie qui cherche à maximiser ses marges ne peut pas se permettre une telle lenteur. Tout commence au cœur du chaudron avec la saponification : le mélange d’huiles végétales et de soude est chauffé jusqu’à obtenir une pâte à savon malléable, puis lavé avec de l’eau salée. L’étape suivante, la plus longue, consiste à cuire pendant dix jours la pâte à savon à 120 degrés sous l’œil avisé du maître-savonnier.

Le sel marin, quatrième ingrédient de la liste, joue un rôle précis dans ce processus. Du sel marin est ajouté pour entraîner au fond du chaudron la lessive de soude en excès, car le savon est insoluble dans l’eau salée. Le savon se sépare ainsi d’une partie de l’eau qu’il contient. C’est ce procédé de relargage qui donne au cube sa densité et sa dureté caractéristiques. Un savon qui se ramollit trop vite sous la douche est souvent la signature d’une fabrication expéditive.

Trois critères doivent être respectés : le savon doit être fabriqué à chaud selon le procédé marseillais spécifique de saponification et de cuisson ; il doit être produit dans le département des Bouches-du-Rhône ; et les matières premières sont toutes d’origine végétale, représentant 72 % du produit, sans parfums, colorants, conservateurs, graisses animales ni additifs. Ces critères sont défendus par l’Union des Professionnels du Savon de Marseille (UPSM), créée en 2011, dont le logo sur l’emballage reste le repère le plus fiable pour l’acheteur.

Où trouver le vrai, concrètement

Seules quelques savonneries perpétuent encore la fabrication traditionnelle en chaudron. Le Sérail, Fer à Cheval, la Savonnerie du Midi ou encore Marius Fabre continuent de produire un savon selon la méthode historique marseillaise. Ces noms méritent d’être mémorisés. Le véritable savon de Marseille est fabriqué à la savonnerie Marius Fabre, la savonnerie du Midi, la savonnerie Le Fer à Cheval, la savonnerie Le Sérail et la savonnerie Rampal Latour. Toutes se situent dans les Bouches-du-Rhône.

Un dernier point qui mérite attention : le vrai savon de Marseille, formulé avec des huiles végétales représentant au moins 72 % de sa composition, est entièrement naturel et ne contient ni graisse animale, ni colorant, ni parfum, ni additif synthétique. C’est précisément pour cela qu’il mousse peu et sèche vite sur le porte-savon. Ces qualités, souvent perçues comme des défauts par un consommateur habitué aux gels douche moussants bourrés de tensioactifs, sont en réalité la preuve d’une formule honnête. Souvent mieux toléré car sans parfum ni colorant, le vrai savon de Marseille est idéal pour les peaux sensibles, les enfants ou les personnes sujettes aux allergies. Sa formule courte réduit les risques d’irritation liés aux additifs chimiques. Le Japon l’a compris avant nous : le savon de Marseille s’exporte de plus en plus jusqu’au Japon, qui est l’un des premiers acheteurs du savon de Marseille traditionnel. Un comble pour un produit qu’on ne sait plus vraiment reconnaître dans ses propres rayons.

L'équipe Astuces de Grand-Mère

Écrit par L'équipe Astuces de Grand-Mère

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