Un filet de sang coule du nez, et le premier réflexe est presque toujours le même : renverser la tête en arrière. C’est justement le geste à ne pas faire. Cette habitude transmise depuis des générations n’arrête rien du tout, elle se contente de rediriger le sang vers la gorge, où il finit avalé et peut provoquer des nausées.
À retenir
- Le réflexe ancestral de renverser la tête en arrière fait couler le sang dans la gorge plutôt que de l’arrêter
- Avaler du sang peut causer des nausées et masque l’ampleur réelle de l’hémorragie
- La vraie technique : tête légèrement penchée en avant, pincement du nez pendant 10 minutes sans relâcher
Un réflexe ancré, mais totalement contre-productif
Difficile de trouver un geste de premiers secours aussi mal compris que celui-ci. Interrogez dix personnes dans la rue sur la bonne position en cas de saignement de nez, et vous obtiendrez sans doute cinq réponses différentes. Selon l’Académie de secourisme médical, la moitié des gens vous diront avec assurance qu’il faut mettre la tête vers l’avant, l’autre moitié vers l’arrière. Le problème, c’est que seule la première option fonctionne réellement.
L’Assurance maladie tranche sans ambiguïté sur ce point. Sur sa fiche consacrée à l’épistaxis (le terme médical pour désigner un saignement de nez), elle recommande de s’asseoir et pencher légèrement la tête vers l’avant, en regardant vers le sol et en respirant par la bouche. Et elle précise pourquoi l’autre option est à proscrire : si vous incliniez votre tête vers l’arrière, du sang pourrait entrer dans votre gorge et si vous l’avaliez, vous pourriez avoir des nausées.
La Croix-Rouge française va dans le même sens et insiste sur l’importance de garder le buste droit. L’organisme recommande de faire asseoir la personne, garder le buste droit et la tête légèrement penchée en avant afin que le sang s’écoule par le nez et non par la gorge. Message limpide : la position allongée, tête basculée vers l’arrière, ne fait qu’aggraver la confusion sur la gravité du saignement, en masquant la quantité réelle de sang perdu.
Pourquoi le sang avalé pose problème
Le mécanisme est simple à comprendre une fois qu’on le visualise. Quand la tête part en arrière, le sang ne s’écoule plus vers l’extérieur mais glisse le long du pharynx, direction l’œsophage puis l’estomac. Résultat ? Un organe digestif qui n’a rien demandé se retrouve à devoir composer avec ce liquide qu’il n’est pas censé recevoir en grande quantité. Les cliniques spécialisées en ORL sont formelles sur ce point : pencher la tête en avant permet d’éviter que le sang ne coule pas dans la gorge, ce qui peut provoquer des nausées, des vomissements et de la diarrhée.
Il y a aussi un effet pervers, moins connu : avaler du sang en quantité empêche de se rendre compte de l’ampleur réelle de l’hémorragie. Un adulte penché en arrière peut perdre bien plus de sang qu’il ne le pense, simplement parce que l’essentiel du flux disparaît silencieusement vers l’estomac au lieu de s’écouler visiblement par le nez. Un centre ORL de Bordeaux résume les erreurs à bannir en une phrase sans détour, en listant ce qu’il ne faut surtout pas faire : s’agiter inutilement, pencher la tête en arrière sans comprimer le nez, laisser le sang couler dans la gorge sans s’en rendre compte et avaler le sang.
La bonne technique, celle que pratiquaient déjà nos aînés
Étonnamment, la méthode recommandée aujourd’hui par les autorités sanitaires ressemble beaucoup à ce que faisaient spontanément certaines générations passées, avant que le mythe de la tête en arrière ne s’impose dans l’imaginaire collectif. Le principe reste le même depuis toujours : pencher légèrement le buste et la tête vers l’avant, puis pincer fermement le nez.
Concrètement, la marche à suivre tient en quelques gestes précis. D’abord, se moucher une seule fois, doucement, pour évacuer les caillots qui pourraient gêner la compression, comme le rappelle l’Assurance maladie : mouchez-vous très doucement et une seule fois pour faire sortir les plus gros caillots de sang, ils pourraient en effet vous empêcher d’appliquer correctement une pression sur votre nez. Ensuite vient l’étape clé : la compression digitale. La Croix-Rouge détaille le placement exact des doigts, en insistant sur la zone à cibler : pincer fermement la partie molle du nez, juste sous l’os, avec le pouce et l’index, en fermant les deux narines, sans relâcher pendant 10 minutes.
Ces dix minutes sont non négociables, et c’est justement là que la plupart des gens échouent. L’erreur classique consiste à relâcher la pression après deux ou trois minutes pour vérifier si ça a marché. Mauvaise idée : cela empêche le caillot de se former correctement et prolonge inutilement l’épisode. Les recommandations médicales insistent sur ce point avec une régularité frappante : le temps normal de coagulation est d’au moins 7 minutes, c’est pourquoi il est important de ne pas interrompre la compression, même pour vérifier si le saignement a cessé. Une poche de glace posée sur l’arête du nez peut accélérer un peu les choses, par simple effet de vasoconstriction, mais ce n’est qu’un coup de pouce, pas une solution miracle.
Quand cette technique ne suffit plus
Un saignement de nez reste, dans l’écrasante majorité des cas, un incident sans gravité. Selon les données rapportées par l’Assurance maladie, 60 % de la population générale présente au moins 1 fois dans sa vie un saignement de nez, et le phénomène touche aussi bien les enfants que les adultes. Mais il existe des situations où la technique du pincement ne suffit pas, et où il faut passer à l’étape suivante : consulter, voire appeler les secours.
Certains signaux doivent alerter immédiatement. La Croix-Rouge recommande de contacter le 15 ou le 112 en cas de saignement abondant et continu, par les deux narines ainsi que dans la gorge, ou qui recommence facilement avec un débit important. Un traumatisme facial récent, la prise d’anticoagulants, une grossesse ou une maladie cardiaque changent aussi la donne : dans ces cas, mieux vaut ne pas attendre vingt minutes de compression infructueuse avant de demander un avis médical. Le bon geste, lui, reste toujours le même : tête en avant, pouce et index sur la partie molle du nez, et patience.
Sources : croix-rouge.fr | asmsecourisme.com

