Une treille de kiwaï ressemble à ces armoires de famille transmises de génération en génération : on ne sait plus trop qui l’a installée, mais elle continue de rendre service sans jamais faillir. Cette liane vigoureuse, aujourd’hui discrète dans les jardins contemporains, faisait pourtant partie du paysage de nombreuses maisons de campagne. Nos grands-parents l’adossaient aux murs chauds des granges ou la laissaient grimper sur de vieilles pergolas, sans chichis ni traitements particuliers. Fin octobre, elle leur offrait deux cadeaux simultanés : une poignée de mini-kiwis sucrés à croquer avec la peau, et un rideau de feuillage doré qui annonçait l’arrivée de l’hiver avec élégance.
- Le kiwaï (Actinidia arguta) est une liane très rustique, résistant à des gelées jusqu'à -30°C, et se plante au soleil ou mi-ombre dans un sol riche et bien drainé
- Plante dioïque, il faut associer un pied mâle à plusieurs pieds femelles pour obtenir une pollinisation et donc des fruits
- Fin octobre, les mini-kiwis se récoltent et se dégustent avec leur peau comestible, pendant que le feuillage vire au jaune d'or
Le kiwaï, une liane ancienne aux multiples atouts
L’Actinidia arguta, plus connu sous le nom de kiwaï ou de mini-kiwi, vient des régions froides d’Asie de l’Est, notamment de Chine, de Corée et de Sibérie. Cette origine explique sa principale qualité, celle qui a séduit les jardiniers d’autrefois : une rusticité à toute épreuve, capable de supporter des gelées descendant jusqu’à moins trente degrés selon les variétés et les conditions locales. Contrairement à son cousin le kiwi classique, bien plus frileux, le kiwaï traverse l’hiver sans protection particulière dans la majorité des régions françaises.
Cette robustesse en faisait une alliée précieuse des jardins ruraux, où l’on n’avait ni le temps ni l’envie de materner des plantes exigeantes. On la retrouvait grimpant le long des murs en pierre exposés au sud, s’enroulant sur des pergolas rustiques ou habillant les clôtures des potagers. Sa croissance vigoureuse et sa capacité à produire sans intervention chimique en faisaient une plante parfaitement adaptée à une époque où le jardinage rimait avec économie de moyens et bon sens paysan.
Bien choisir et planter son kiwaï au jardin
Pour réussir l’installation d’un kiwaï, mieux vaut lui réserver un emplacement mi-ombragé à ensoleillé, à l’abri des vents froids qui pourraient abîmer les jeunes pousses au printemps. Un sol riche, frais et bien drainé convient parfaitement à cette liane gourmande, qui n’apprécie guère les terrains compacts où l’eau stagne. Un apport de compost bien décomposé au moment de la plantation favorise une reprise rapide et une croissance harmonieuse les premières années.
La plantation s’effectue de préférence au printemps ou en automne, selon la disponibilité des plants et le climat de la région. Dans les zones aux hivers rigoureux, une plantation printanière limite les risques liés au gel sur les jeunes racines encore fragiles. Un détail essentiel à connaître avant de se lancer : le kiwaï est une plante dioïque, ce qui signifie qu’il existe des pieds mâles et des pieds femelles distincts. Pour espérer une récolte, il faut impérativement associer les deux, en général un pied mâle pour plusieurs pieds femelles, les fleurs mâles assurant la pollinisation nécessaire à la formation des fruits.
Entretenir sa liane pour une récolte abondante fin octobre
Le kiwaï ne pardonne pas l’improvisation en matière de support. Cette liane volubile peut atteindre plusieurs mètres de développement, il convient donc d’installer dès la plantation un treillage solide, une pergola robuste ou une structure métallique capable de supporter son poids une fois adulte. Sans cet appui, les tiges s’emmêlent rapidement et la fructification en pâtit.
La taille hivernale, pratiquée lorsque la sève est descendue, permet de maîtriser le développement de la plante et d’aérer la ramure pour favoriser la formation des fruits l’année suivante. Durant l’été, un arrosage régulier sans excès et un paillage au pied aident à conserver la fraîcheur du sol, particulièrement utile lors des périodes de sécheresse. Ce paillage, qui consiste à recouvrir la terre de matière organique comme des copeaux de bois ou de la paille, limite aussi la concurrence des herbes indésirables autour du pied.
La récolte et la magie du feuillage doré d’automne
Fin octobre, le kiwaï livre enfin sa récompense. Les mini-kiwis, de la taille d’un gros grain de raisin, se cueillent à la main avant leur pleine maturité. Leur peau lisse et comestible, contrairement à celle du kiwi classique, permet de les croquer directement, sans éplucher quoi que ce soit, pour une chair sucrée et parfumée qui rappelle le fruit tropical en miniature.
Au même moment, le feuillage caduc de la plante se métamorphose. Les grandes feuilles vert franc qui ont habillé la liane tout l’été virent progressivement au jaune d’or, créant un effet décoratif saisissant sur une clôture, un mur ou une pergola exposée aux lumières rasantes de l’automne. Cette double saison, celle de la récolte et celle de la couleur, fait du kiwaï une plante au charme discret mais bien réel, qui mérite amplement de retrouver sa place dans les jardins d’aujourd’hui.
Installer un kiwaï aujourd’hui, c’est faire le choix d’une liane patiente et généreuse, capable de traverser les hivers les plus rudes sans faiblir. C’est aussi renouer avec un geste simple, celui que posaient les anciens le long de leurs murs et de leurs pergolas, pour récolter chaque automne de petits fruits sucrés tout en profitant d’un feuillage doré du plus bel effet à l’approche des premiers frimas.

